mardi

Le moment où tu décroches...

As-tu déjà été confronté à ce mystère : au début d'un cours de maths, les explications du prof sont très faciles à comprendre, voire évidentes... son propos est même tellement simple qu'il a du mal à retenir ton attention... quand soudain, sans que tu saisisses exactement ce qui s'est passé, voici qu'il est devenu des plus obscurs !?

Alors que rien dans la facilité du commencement ne laissait présager une telle difficulté, tu ne sais plus du tout de quoi il est question ni comment on en est arrivé là. 

Entre les deux : le moment où, s'en même t'en rendre vraiment compte, tu as décroché !

S'agissant de ce phénomène si fréquent du décrochage, le mystère qu'il s'agit d'éclaircir, cours après cours, est donc le suivant : 

- à quel moment précis décroches-tu ?
- pour quelles raisons ?







Pour répondre à ces questions, il s'agit donc en premier lieu d'être à l'affût du moment précis du décrochage. Et, dès qu'il se produit, de mettre en œuvre une stratégie efficace de raccrochage. 

Inutile de se raconter des histoires : à partir du moment où, lors d'un cours de maths, un tel décrochage se produit, il sera en général presque impossible de tout comprendre immédiatement de la suite du cours. Par conséquent, il vaut mieux dans ce cas accepter la situation ("je ne vais pas pouvoir tout comprendre tout de suite") et se concentrer sur un objectif réalisable, à savoir :

1) chercher à comprendre le mieux possible la suite du cours fait ce jour-là par le prof,
2) se donner les moyens de pouvoir raccrocher d'ici le cours suivant.

Le premier point est justifié par le fait que, de façon générale, même si tu ne comprends pas tout, il reste souvent pas mal de choses tout-à-fait accessibles. Rien ne dit qu'après un passage un peu difficile, les choses ne vont pas devenir, au moins par moment, tout-à-fait accessibles. D'ailleurs, de même que le propos du prof a pu passer de façon inattendue de facile à incompréhensible, la transition inverse peut aussi se produire. Parfois. 

Le deuxième point nous amène sur une clé de la réussite en maths ! Très concrètement, il s'agit de tenir à jour une liste des expressions mathématiques dont tu ne comprends pas pleinement le sens. Qu'il s'agisse d'un mot désignant un objet mathématique répondant à une définition précise, d'une opération ou d'une suite d'opérations, d'un type de raisonnement, du nom d'un théorème, peut importe : note et souligne clairement, à un endroit où tu seras sûr de le retrouver, les mots clés tels que 

- ne pas en comprendre la signification précise bloque la compréhension du cours,
- en comprendre la signification précise devrait probablement permettre la compréhension du cours.

Souvent, un seul mot obscur bloque 80% de la compréhension du cours. Parfois il y en a deux ou trois. Dans tous les cas, note et souligne le nom de ces une, deux ou trois notions, concepts, opérations, théorèmes, etc... dont la compréhension devrait débloquer la situation.

A partir de là, ton objectif après le cours et avant le cours suivant est clair : comprendre le mieux possible ce que recouvre le mot en question. Pour cela, tu as à ta disposition pas mal de possibilités :

- poser la question au prof à la fin du cours,
- poser après le cours la question à un camarade de classe,
- consulter tes notes de cours des semaines précédentes, voire des années précédentes, si la notion qui pose problème a déjà été traitée,
- chercher sur internet, par exemple sur Wikipedia, si la notion est expliquée quelque part, de préférence avec des exemples.

Parfois, cette tactique demande beaucoup moins de temps et d'énergie que tu aurais pu le craindre, et quelques minutes d'un effort limité suffisent à débloquer complètement la situation. D'autres fois, le problème est plus important, notamment s'il correspond à un collier de lacunes accumulées de longue date. Dans ce cas, sache que chaque minute d'attention pleine et entière accordée à la difficulté principale à l'origine du décrochage de compréhension est une minute utile : en identifiant ce qui bloque ta compréhension et en visant prioritairement à comprendre le mot qui concentre 80% du blocage, tu augmentes de façon extraordinaire ton niveau en mathématiques !

Ainsi, il s'agit de naviguer entre les deux épreuves pour l'attention que constituent 

- ce qui est trop difficile à comprendre à ce moment-là,
- ce qui est trop facile à comprendre à ce moment-là.

Dans les deux cas, notre attention a tendance à décrocher. Lorsque c'est trop facile, le défi est de rester attentif en surveillant en particulier les moments où le cours pourrait soudainement difficile à suivre. Lorsque c'est trop difficile, le défi est de rester ouvert à la possibilité que cela redevienne facile dès lors que tu auras identifié le principal obstacle, souvent un seul mot dont tu ne connais pas bien le sens et qui suffit à tout bloquer.

Finalement, le mystère du décrochage est un défi qui met en jeu deux types de difficultés auxquelles il s'agit de se confronter avec confiance : 

- le fait que quelque chose soit très facile est en soi une source de difficultés, en particulier pour notre capacité d'attention,
- lorsque c'est difficile, il suffit souvent de trouver quel est l'obstacle principal et d'y consacrer avec confiance un peu de temps et d'énergie pour non seulement lever le blocage, mais aussi augmenter significativement notre niveau global en mathématiques.








samedi

Aider les parents et les grands-parents à aider les jeunes à progresser en maths !


Les parents...

 Il n'est pas nécessaire d'avoir des parents bons en maths pour réussir excellement en mathématiques.

Il n'est pas non plus suffisant d'avoir des parents à l'aise avec les mathématiques pour y connaître le succès.

Il n'est même pas nécessaire que les parents soient bons en maths pour qu'ils puissent aider leurs jeunes à progresser en maths. (Au contraire, les parents trop bons en maths ont un handicap : si les parents prennent l'habitude de faire les exercices du jeune à sa place, ils l'empêchent de faire l'expérience Eurêka ! essentielle à la réussite en maths !) 

Ni nécessaire, ni suffisante, une certaine connaissance des mathématiques par les parents est toutefois un facteur globalement favorisant, même si ce n'est pas le seul. 

Comment améliorer la compétence des parents à aider les jeunes à progresser en mathématiques ? Quels aspects de cette compétence ne demandent aucune connaissance en mathématiques ? Comment un apaisement de la relation personnelle du parent aux mathématiques peut-il jouer en faveur de la réussite en maths du jeune ?




Je reviendrai sur toutes ces questions, mais pour aujourd'hui je veux juste dire quelques mots sur la possibilité d'aider en maths un jeune qui en fait la demande, sans connaître soi-même les maths en question. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais jusqu'à présent dans ce blog je n'ai pas écrit une seule équation. Ce n'est pas l'objet de ce blog. 

Les principes pour la réussite des objectifs que l'on poursuit sont universels, toute la question ici est de les préciser et de les utiliser dans le cas spécifique des mathématiques. La méthode Eurêka ! pour les maths consiste à favoriser au maximum tout ce qui permet d'éprouver la joie de comprendre ce que l'on ne comprenait pas jusque là et dont souvent on ne comprenait même pas ce qu'on n'y comprenait pas - vous me comprenez ? 😄

Il est très facile au parent à qui le jeune vient demander de l'aide de faire quelques suggestions simples même sans rien connaître au problème :

    - Comprends-tu chaque mot de l'énoncé ?

    - Peux-tu retrouver quelque part (notes de cours, livre, copain, blog du prof de maths de cette année, ou de l'année dernière ;-) wikipedia, etc...) le sens des termes mathématiques dont tu ne connais pas ou ne comprends pas le sens ?

    - Peux-tu considérer une situation analogue mais plus simple ? Quels sont les exemples les plus simples possibles de ce dont parle l'exercice ou le problème ?

    - Pourrais-tu faire aux crayons de couleur un dessin exprimant le problème ?

    - As-tu mis Forest sur ton smartphone ? 

    Si le jeune vous demande de l'aide en maths, une telle liste de questions générales peut parfois être utile, mais à mon avis le point le plus important est de bien comprendre le rôle central de l'expérience Eurêka ! pour les mathématiques. 

    Cela veut dire qu'il va falloir que le jeune se rebelle à la fois contre la marée des perturbateurs de l'attention - les notifications incessantes - et contre une certaine injonction ambiante à la médiocrité. 

    Mais vous-même, êtes-vous convaincu(e) que votre cerveau, bien plus génial que ce que l'on croit souvent soi-même, pourrait fort bien, si vous le souhaitiez et que les conditions favorables étaient réunies, dominer parfaitement tout le programme de mathématiques au moins jusqu'au master ou à l'agrégation ? Je ne dis pas que c'est ce qui va arriver, encore une fois il n'est pas nécessaire d'être bon en maths pour aider les jeunes à y  progresser de façon exponentielle ! Mais avez-vous l'idée que ce serait en principe possible ? Et surtout, avez-vous - en maths ou ailleurs, l'expérience de ces Eurêka ! et savez-vous ce qui peut les favoriser ? 

    Soyons clairs : si le jeune ne vous demande pas d'aide, vous ne pourrez rien faire pour lui. En tout cas rien directement. Mon conseil dans ce cas : fermez votre ordinateur, la radio et la télé, trouvez un espace aussi calme que possible pour marcher ou s'asseoir avec feuilles et crayons, ou en lotus sur votre zafu, coupez en tout cas les notifications de votre téléphone, réfléchissez à tout cela, ou à rien, ou à tout autre chose, et surveillez si apparaissent des Eurêka ! C'est comme les dauphins et les phoques sur les côtes normandes : c'est relativement rare, mais ça arrive ! Et même, je peux en témoigner, de plus en plus souvent. En tout cas plus souvent que les vols de pingouins. 

& les grands-parents ?

 Lorsque des jeunes qui souhaiteraient progresser en maths ont la chance d'avoir des grands-parents qu'ils peuvent voir régulièrement, ils doivent savoir que ceux-ci disposent bien souvent d'un atout formidable que les parents n'ont pas toujours pour les aider : ils peuvent bien plus facilement favoriser pour eux la création d'un environnement eurêka-compatible, un espace offert à la possibilité d'exercer son attention tranquillement sur le problème posé. 




    Car il faut en effet, d'abord et avant, tout un espace. Un espace physique, bien sûr - un bureau, ou un coin bureau, mais si le jeune vous visite, ça peut aussi être la table de la cuisine où vous lui préparez un thé - un "espace de temps", mais aussi et surtout un espace mental. 

Si vous suivez ce blog, vous connaissez mon avis sur le sujet (voir La Compétence n°1 pour Réussir en Maths), avis qui n'a rien d'original, tous les spécialistes du sujet sont d'accord sur ce point : notre attention est le passe-partout du succès ! C'est là où les grands-parents pourraient parfois avoir un avantage sur les parents, s'ils réussissent à négocier avec le jeune la coupure des notifications, voire la confiscation pure et simple du téléphone pendant la durée d'une petite séance de maths chez Papi et Mamie, ou peut-être encore mieux : que le jeune lance forest sur son smartphone (s'il lit ces lignes, je lui recommande aussi habitica, en passant...). 

    A partir de là, les questions que l'on peut poser au jeune pour lui suggérer des activités et des perspectives de nature à le faire avancer dans la compréhension et donc dans la résolution de son problème sont les mêmes que pour les parents, ou les grandes sœurs, cousines, cousins, tontons et tatas sollicités...


Question subsidiaire 

   Selon vous, comment les jeunes pourraient-ils aider leurs parents à aider leurs grands-parents à les aider eux-mêmes en maths ? 

Une réponse me vient directement à l'esprit : en leur faisant connaître le blog de La Méthode Eurêka ! pour réussir en mathématiques...  ! En cherchant bien, je suis sûr que vous pourrez en trouver bien d'autres 👍




vendredi

Le jeu des trois livres

J'ai commencé hier à écrire ces lignes : selon l'annonce de la rencontre  inter-blogueurs 2022, je devais trouver avant ce vendredi 16 septembre 2022 à 23h59 trois livres, les présenter comme ceux qui avaient changé ma vie et en tirer un article à publier ici.

    Remarquez, ce n'est pas tellement que je manquais d'idées pour alimenter ce blog : créé entre hier et avant-hier --- je ne vous raconte pas le bazar, avec changement de nom de domaine et tout le tralala --- ce ne sont pas vraiment les idées qui manquent. Mais comme c'est un peu à cause de l'organisateur d'inter-blogueurs 2022 que je me suis depuis mardi retrouvé dans l'aventure du blog, allons-y ! 




    Le défi est donc de présenter trois livres qui m'ont ouvert de nouveaux horizons, de nouvelles possibilités, qui ont donc, en un sens, "changé ma vie",  mais bien sûr il faut de mon point de vue qu'ils puissent illustrer par la même occasion les principes fondamentaux de la méthode que je propose ici pour aider les parents et les jeunes à aider les jeunes à réussir en maths, méthode fondée sur un bien commun à toute l'humanité, qu'aucun copyright ne saurait accaparer : Eurêka ! Avant de présenter les trois livres, je veux donc en dire quelques mots.

    Nous sommes à Syracuse, en Grèce, vers 250 avant Jésus-Christ. Archimède réfléchit dans son bain au problème que lui a posé le roi Hiéron II - comment prouver sans l'abîmer que la couronne royale est bien en or massif ? - quand, sans doute un peu aidé par l'effet de la poussée même qu'il venait de découvrir, la joie de comprendre le fit soudain sortir et crier sa découverte sans même avoir pris le temps de se vêtir ! Attention, je ne dis pas que c'est ce qu'il faut faire, mais il est vrai que les mathématiciens, les chercheurs, pris dans leurs pensées se montrent parfois un peu distraits :-) Car au-delà de l'amusante anecdote, reste un cri essentiel, la clé même de tout succès en mathématiques : faire et refaire l'expérience Eurêka ! Une expérience qui appartient à toutes les cultures, qui appartient à tout le monde ! Tu peux l'appeler satori avec le bouddhisme zen ou encore insight ou Aha Moments comme les Américains ou comme tu voudras, Eurêka ! sous quelque nom qu'on lui donne est bien le combustible fondamental pour faire décoller la fusée "je progresse en maths" puis la diriger dans l'espace infini des mathématiques... 

    Alors, sans plus vous faire attendre - lire des blogs c'est bien, mais nous on voudrait bien savoir comment réussir en maths sans bosser (ah, désolé, c'est pas ici !!! :-)) --- voici donc les trois livres très Eurêka ! que j'ai retenus dans le cadre de l’évènement inter-blogueurs 2022 -  “Les 3 livres qui ont changé ma vie” - proposé par le blog Des Livres pour changer de vie d'Olivier Roland en son article https://des-livres-pour-changer-de-vie.com/evenement-interblogueurs-2022-les-3-livres-qui-ont-change-ma-vie/ 


***

La vie d'Helen Keller, de Lorena A. Hickok (Robert Laffont, 1974)


    J'ai lu ce livre lorsque j'avais une dizaine d'années. J'en ai été ébloui !

    Helen Keller naît le 27 juin 1880, en Alabama. L'enfant est sourdaveugle : à la fois sourde et aveugle, pour la vie. Elle ne peut communiquer avec personne, elle ne comprend rien de ce qui se passe. Elle est dans la nuit. Et puis arrive Anne Sullivan, une éducatrice chargée de s'occuper d'elle. Par sa patience, son ingéniosité, son audace, son intelligence et sa sensibilité, Anne Sullivan va réussir à ouvrir un canal de communication avec Helen. C'est un moment particulièrement émouvant du récit : soudain, Helen fait le rapprochement entre les mouvements d'une main où l'entraîne son éducatrice et les choses qu'elle lui fait simultanément toucher de l'autre main : l'eau, le verre, l'assiette... Elle a compris! Ces choses se trouvent associées aux différents mouvements des doigts de l'éducatrice dans la paume de sa main ;  c'est un langage ! Au fil des années, Helen va réussir dans un dialogue toujours plus riche avec Anne à transformer entièrement ses capacités de communication avec les autres, jusqu'à obtenir plusieurs diplômes universitaires, à  écrire en 1905 son auto-biographie --- sur laquelle Lorena A. Hickok s'est bien sûr appuyée pour écrire, en 1958, son ouvrage, que j'ai lu en 1974 dans la version française éditée par Robert Laffont --- et faire de nombreuses conférences et interventions, tel ce discours que j'ai découvert en rédigeant le présent article, lorsque Helen Keller s'adresse à la convention internationale du Lions Clubs International de 1925, où elle cherche des soutiens pour poursuivre les actions de la fondation qu'elle avait créée en 1915 en faveur des aveugles :
    Vous connaissez mon histoire : comment quelques mots transmis par les doigts d'un autre, un rayon de lumière d'une autre âme, ont percé l'obscurité de mon esprit et m'ont permis de me découvrir, de découvrir le monde et Dieu. Grâce à mon institutrice, qui a appris à me connaître pour me libérer de cette prison sombre et silencieuse dans laquelle j'étais murée, je suis désormais capable d'agir pour moi-même et pour les autres. C'est d'attention, plus que d'argent, dont nous avons besoin...

    Même dans une nuit aussi noire que celle d'Helen Keller un chemin a pu être trouvé vers la lumière ! Quelle leçon ! Après cela, le récit de la Caverne de Platon n'est plus qu'un exercice d'application ! 

    Mais c'est seulement maintenant, en rédigeant ces lignes, que je fais le rappro-chement avec les mathématiques. C'est pourtant assez évident : en mathématiques, on passe son temps à ne pas comprendre, on est dans la nuit. 

Patience, un chemin existe et tu peux le découvrir...

    L'expérience montre qu'en passant du temps avec le problème, en lui donnant toute notre attention, en se confrontant humblement au fait que "pour l'instant je ne comprends pas" et en faisant le choix de mettre en œuvre certaines stratégies simples (faire des dessins, chercher des exemples très simple, formuler les questions que je me pose, aller faire une courte sieste, etc... ) la lumière finit toujours par arriver. Le livre de Lorena A. Hickok consacré à l'extraordinaire Helen Keller a certainement contribué à me donner cette confiance.


L'Art d'être paresseux, du Dr Jacques Donnars (Mat Media, 1990)

    Je ne sais plus si j'ai lu ce fascicule très éclairant du Dr Donnars avant ou après avoir entendu mon prof de maths de Maths Spé nous déclarer un jour 

Les mathématiques, c'est l'art d'être paresseux !

    Au fond, ils faisaient tous deux référence à la même chose : non pas à l'inaction, mais à l'action efficace, celle qui s'appuie sur l'observation, la patience pour emprunter les meilleurs chemins, parfois des raccourcis presque magiques, suivre les fils ténus d'une intuition... Pour le Dr Donnars, ceux que l'on appelle ordinairement les enfants paresseux ne sont pas du tout paresseux, malheureusement, ils ne sont en tout cas pas de vrais paresseux au sens qu'il entend lui donner. Non, les vrais paresseux sont organisés, intelligents, conscients. Selon lui,

Il y a un véritable art dans la pratique de cette matière difficile qui demande beaucoup de rigueur, de précision et de ressources.

    Cette sorte de retournement du discours moralisateur convenu m'avait beaucoup amusé, mais au fond je crois que j'avais retenu une leçon : il y a un principe d'économie, de légèreté, d'élégance, un principe d'intelligence qui supporte une action efficace. J'en fais parfois l'expérience, pas toujours - eh oui, parfois c'est laborieux, avec en plus des erreurs 😀 - et cela me fait penser aussi à l'état de flow du célèbre Mihaly Csikszentmihalyi, celui dont personne en France ne veut dire le nom, alors que ce n'est pas si compliqué que cela : Mi Ha Li Tchik Zent Mi Ha Li, et, bien que je ne l'ai pas encore lu, au deep work de Cal Newport, à la semaine de quatre heures de Tim Ferriss, mais aussi à la méditation voire à l'art de ne rien faire ou même au Rien à foutre ! de John Parkin, à condition, encore une fois, de bien distinguer l'art d'être paresseux de celui de stationner indéfiniment à côté de ses pompes comme un bécasson. Du reste, l'art de ne rien faire n'est pas l'art de ne jamais rien faire, mais l'art d'utiliser des moments à ne rien faire, de préférence à ne pas même penser, au service d'une nouvelle intelligence de l'action.

    Beaucoup plus récemment, j'ai retrouvé cette thématique à propos du principe de moindre action, présenté en 1744 aux Académies royales de Paris et de Berlin par l'aventurier des sciences Pierre Louis Moreau de Maupertuis --- c'est lui qui dix ans plus tôt avait dirigé une expédition au cercle polaire, en Laponie, afin de mesurer la forme de la Terre, je ne vous raconte pas (enfin, si, mais plus tard...) --- L'examen de ce principe m'a d'ailleurs suggéré que l'art d'être paresseux, l'art donc d'une action efficace, intelligente, qui s'économise autant qu'il est possible, devait être complété par un art d'être audacieux - car l'action peut aussi être, parfois, maximale ! Grande découverte de Leibniz quarante ans avant Maupertuis, en 1707, et qui n'a en effet pas grand chose à voir avec un vague principe de facilité. Audace et économie de moyens se fondant finalement dans un principe de stationnarité ou d'équilibre, quelque chose comme une action régulière, dirigée par nos objectifs. Et à propos d'objectifs, j'ai découvert récemment dans un livre de Jack Canfield cette citation de Michel Ange : le danger n'est pas d'avoir un objectif trop ambitieux et de ne pas l'atteindre, mais bien d'avoir un objectif trop faible... et d'y parvenir ! C'est bien pourquoi je m'adresse dans ce blog à des jeunes qui, pour devenir meilleurs en maths, sont prêts à développer l'ambition de devenir excellents en maths, rien de moins ! 

Le troisième livre


    Le choix du troisième livre m'a posé pas mal de difficultés. Beaucoup d'idées me sont venues à l'esprit : Récoltes & Semailles, d'Alexandre Grothendieck (2 volumes, chez Gallimard, 2022), un petit livret sur les puissances de 2 encore rangé quelque part dans ma bibliothèque et qui m'avait passionné enfant, Le Pouvoir du Moment Présent, d'Eckart Tolle, La relativité, d'Einstein - un livre de poche édité par la petite bibliothèque Payot, qu'Albert Einstein a écrit dans une langue accessible au grand public et dont je découvrais émerveillé qu'un jeune d'une douzaine d'années pouvait parfaitement en comprendre une grande partie, la Logique Sans Peine, de Lewis Carroll, les livres d'Osho, ceux de Stephen Jourdain - en particulier l'Irrévérence de l'Eveil, en dialogue avec Gilles Farcet,  -   ma table de logarithmes (un petit livre jaune rempli de chiffres), la Vie Sans Tête de Douglas Harding, Tout à partir de Rien Absolu, de Charles François Chêney, dont j'ai la chance d'avoir un exemplaire annoté par l'auteur, les mémoires de Casanova, j'en passe et des meilleurs... bref, finalement j'ai choisi...

 Introduction à une science du réel indéterminé, par André Vidal (1978, Presses Universitaires de France).


J'ai découvert cet ouvrage dans la librairie d'un village du midi où je passais mes vacances avec mes parents. Le mélange de remarques inspirantes, d'humour, d'étrangeté parfois m'a tout de suite beaucoup plu, et l'idée de réel indéterminé m'intriguait énormément. Je savais à cette époque que même chez les physiciens de la mécanique quantique certains continuaient à croire au déterminisme absolu : tout se déroule de la seule façon possible étant données les circonstances. Même si se plonger dans cette idée peut être très appréciable à certains égards, je n'ai jamais cru au déterminisme absolu. Que la physique quantique soit indéterministe, tout le monde le sait, mais ça n'empêche pas la plus grande partie de la science de tenir un discours déterministe, tout en adoptant les méthodes statistiques. Ce livre parlait d'autre chose. A force de relativisme, il ouvrait sur une sorte d'indicible absolu. Il y était question de physique, de biologie, de psychologie, de mathématiques, me confortant dans l'idée du dialogue des disciplines. Son principe était une sorte d'ouverture, et comme en plus le récit était enjoué, parfois ironique, même si parfois je ne comprenais rien j'en poursuivais la lecture. Je crois que je l'ai lu 3 fois, chaque fois à dix ans d'intervalle. 

    Cet ouvrage constitue au passage une excellente introduction à la pensée systémique : des éléments internes (EI) s'organisent en un système (SO) dont les caractéristiques externes (CE) résultent à la fois des éléments et de la manière dont ils sont organisés. Je me suis d'ailleurs rendu compte en rédigeant le présent article que c'était exactement la structure théorique de la théorie générale de l'interaction que je développe dans mes recherches mathématiques actuelles : les éléments internes sont des systèmes dynamiques indéterministes à temporalités diverses, l'organisation de ces éléments consiste en l'interaction mutuelle entre tous ces systèmes dynamiques, et les caractéristiques externes sont toutes les propriétés de la dynamique globale résultante et qui permettent à cette dynamique d'entrer à son tour dans d'autres interactions, aussi diverses soient-elles. 

    Cet ouvrage m'a appris que l'on n'avait pas besoin de tout comprendre pour développer une liberté de penser sachant allier rigueur et sens de la légèreté et de l'humour. En y réfléchissant, je me dis d'ailleurs que cela va souvent ensemble : les gens vraiment sérieux rient beaucoup ! Il suffit de voir les matheux quand ils viennent de passer 4 heures sur une question de topologie générale, on les reconnaît dans la rue ils marchent en résolvant des équations sur tout ce qui bouge.  Réciproquement, se prendre trop au sérieux n'est en aucun cas un gage de sérieux. Liberté de penser ! Voilà !


En guise de conclusion

A en juger comment juste quelques premières pages du livre gratuit d'Olivier Roland, Vivez la vie de vos rêves grâce à votre blog ont suffi à me faire plonger dans l'action depuis avant-hier pour la mise en place de ce blog (quel nom de domaine, quelle plateforme, quel éco-système, et pourquoi là ça bloque, et ça, et ça, et ça !!!) et puis le défi des trois livres...   je pourrais presque le mettre dans la liste, même s'il est un peu tôt pour le dire  ! C'est surtout quand il a mentionné l'importance de mettre le blog au cœur du système que tu souhaites développer, là il y a eu un déclic ! 

Merci d'avoir tout lu jusque ici, et n'hésitez pas à me faire part de vos commentaires 👌



Maths en provenance de l'Univers...

 

Hello les amis !

Je viens de redécouvrir une playlist que j'avais créée il y a longtemps sur ma chaîne YouTube, essentiellement des vidéos liées aux maths de divers orateurs, auteurs et intervenants, et je l'ai rebaptisée


Maths en provenance de l'Univers


Ce sont des vidéos issues de YouTube. J'ai mis en tête de liste le film Dimensions dont je t'avais parlé il y a deux jours, ce sont des séquences de 15 minutes vraiment géniales. N'hésite pas à en regarder une de temps à autre, histoire de maintenir ton esprit mathématique en éveil...









mardi

Ouverture du Blog "La méthode Eurêka, pour réussir en maths" !

De nombreux chemins conduisent au succès en maths, mais il y a quelques principes fondamentaux à connaître.

Dans ce blog, je partage avec tous --- élèves ou étudiants, parents et grands-parents, enseignants, journalistes, politiques... --- des pistes, des réflexions, pour aider chacun  à (re)découvrir la beauté des mathématiques, à trouver du plaisir à faire des maths et les jeunes à y réussir ! 👍